Claude du Molinet, 1620-1687
Father of the Congrégation de France. The collection of curiosities annexed to the library of the Abbey of Sainte Genevieve in Paris began in 1675 and became famous in Paris until it was removed during the French Revolution.
1692 Le Cabinet de la Bibliothèque de Sainte Geneviève. Divisé en deux parties. Contenant les Antiquitez de la Religion des Chrétien, des Egyptiens, & des Tomains, des Tombeaux, des Poids & des Médailles, des Monnoyes, des Pierres antiques gravées, & des Minéraux; des Talismans, des Lampes antiques, des Animaux les plus rares et les plus singuliers, des Coquilles, les plus considérables, des Fruits étrangers, & quelques Plantes exquises. Paris: Antoine Dezallier, pp. i-viii, 1-224, i-viii; folio. - Publication edited by Nicolas Sarrebourse, who is mentioned in the ‘privilège’. Published on 12 February 1692.
No plate of rhinoceros
French text of edition of Paris, 1692
[1692: 192]
III. Une corne de rhinocéros
J’aurois voluntiers fait graver la figure entière du Rhinoceros, si plusieurs Auteurs qui ont traité des Animaux à quatre poeds, ne l’avoient pas fait dessiner dans leurs ouvrages; je me contenteray donc d’en faire la description, & de dire que cet animal étoit inconnu aux Grecs du temps d’Aristote, & même aux Romains avant l’année 666 de la fondation de leur ville. Dion prétend qu’Auguste fur le prémier qui en fit venir à Rome, pour le faire voir dans un triomphe qu’on luy fit. Pline veut que ce fut Cneius Pompeius, & Solin qui est nommé le Singe de cet auteur, le confirme, en nous disant qu’on n’avoit point vû dans les spectacles de Rome de Rhinoceros, avant celuy que Cn. Pompeius fit paroître dans les jeux qu’il y donna. Wormius dit à la page 336 de son cabinet, qu’il n’y a pas lieu de s’étonner de ce que plusieurs Auteurs parlent si differemment de cet animal, la plupart n’en ayant point vû. Il nous cite ensuite l’autorité de Jacobus Bontius qui en avoit vû un plus de cent fois, qu’on avoit enfermé dans une fosse, & tres-souvent plusieurs autres dans les bois. Voicy ce qu’il en rapporte:
Le Rhinoceros a la peau de couleur de cendre & noirâtre, à peu près comme les Elephant, je veux dire, pleine de rides qui font par endroits quelques plis ainsi profonds; elle est si épaisse au flanc, & sur le dos, qu’un coup de sabre n’y feroit pas grand mal. Il n’en point couvert d’une espèce de bouclier, ainsi qu’on nous le dépeint, mais les plis dont je viens de parler dont de même effet; sa peau est également dure par tous la corps. Le museau ressemble assez à celuy d’un porc, sinon qu’il est [193] moins pointu par le bout; c’est à ce bout de museau où est la corne, qui luy a fait donner le nom de Rhinoceros; elle est petit en grande selon l’âge de l’animal; elle change pareillement de couleur, car quelquefois on en voit de couleur de cendre, des autres qui tirent sur le rouge, & enfin quelques-unes qui sont blanches.
Molinet 1692, p.2
Cet animal n’est guère plus gros qu’un médiocre elephant; il n’est pas si haut monté, c’esy pourquoy ol ne plaît pas tant à la vûe; au reste il n’est pas méchant à moins que l’on ne l’agace; sa nourriture est de l’herbe ou des rances; il a la langue très rude; si on venois à l’irriter, il terrasse sans aucune peine un Cavalier sur son cheval; il le tue en le séchant, & ne l’abandonne point qu’il ne l’ait entièrement décharné jusques les os, par la rudesse de sa langue. Quoyque sa chair soit très-dure, & difficile à cuire, les Mores ne laissent pas d’en manger.
Il auroit été à souhaiter qu’après ce rapport de Bontius, Wormius nous eût fait dessiner le Rhinoceros, on l’auroit comparé à celuy que Jonston nous a donné à la page 66 de son Histoire Naturelle; il y a de l’apparence quil l’avoit pris de l’Histoire des Animaux de Gesnerus, pag. 843, ou d’Aldrovandus, 884, mais je doute que ces auteurs en ayent jamais vu; car les estampes que nous en avons dans leurs ouvrages sont bien différentes d'une que Philippe Galle grava à Anvers en l'année 1586. C’etoit un nommé Jean Moflinius Chapelain de Philippe II, Roy d’Espagne, qui en apporta le dessein en Flandres. Il l'avoit fait tirer au naturel sur un de ces animaux qu'on avoit amené des Indes à Lisbone, & ensuite à la cour de Madrid. Ce rhinoceros avoit environ 13 ans; sa longueur était de 12 pieds depuis le bout de son museau jusques à la queue; il n'a point de petite corne sur le dos, ni d'écaille sur les pieds, non plus que les côtes si distinguées qu’elles le sont chez les Auteurs que je viens de citer; il ne porte qu’une corne sur le museau; celle de notre Cabinet est d'une couleur rougeâtre tirant sur le noir; elle a un pied & demy de long, & autant de circuit proche la tête, par le mileu elle courbe en dedans. On ne peut guère voir rien de plus solide, & de plus pesant que cette corne. On en fait des tasses, & j'en ay une; on les dit être bonnes à guerir quelques maladies, j'ay aussi un des ongles de cet animal qui en a 5 à chaque pied. Cet ongle est fort rude en dedans. Nous avons encore un assez grand morceau de sa peau qui est épaisse de plus de quatre lignes, & sa queue qui est courte, & dont le poil noir qui en fort est si gros & si ferme qu’il ressemble à du fil d’archal. Le rhinoceros a pour ennemy capital l’Elephant; lors qu’ils se battent ensemble, il se renverse sous le ventre de l’Elephant pour le percer avec cette corne qu’il porte au dessus du museau.